Opérettes
Une opérette se situe quelque part entre l’opéra et la comédie musicale : comme une comédie musicale, une opérette comporte le plus souvent des dialogues parlés en plus des passages chantés. Les opérettes sont souvent satiriques et pleines d’esprit, et tendent à être beaucoup plus courtes et moins complexes que les opéras traditionnels.
Voici un aperçu des opérettes les plus connues et des compositeurs qui les ont façonnées.
1858 : Les débuts de l’opérette. Jacques Offenbach, l’un des tout premiers compositeurs du genre
Au XIXᵉ siècle, le compositeur français Jacques Offenbach fait de l’opérette un art international grâce à des œuvres comme Orphée aux enfers et La Belle Hélène. Au cours de sa vie, Offenbach écrivit plus de cent opérettes.
Son succès ouvrit la voie à Strauss, Sullivan, et aux comédies musicales du XXᵉ siècle, qui découlent directement du genre.
Jusqu’en 1858, lorsque Offenbach composa Orphée aux enfers, sa licence théâtrale l’empêchait de monter des œuvres comportant plus d’un acte ou plus de quatre personnages. Après négociation avec le gouvernement de Napoléon III, il fut enfin autorisé à présenter des opérettes en plusieurs actes, et Orphée aux enfers put être créé.
Pour se venger du régime strict du jeune Napoléon, Offenbach écrivit une opérette satirisant Paris et son gouvernement. Contre toute attente, l’empereur autorisa la représentation sans aucune censure.
1871 : Début de la collaboration entre Gilbert et Sullivan
Comme Offenbach, le duo britannique Gilbert et Sullivan privilégie les opérettes satiriques. Ils se moquent souvent de l’establishment et utilisent l’esprit et l’humour pour exprimer leurs opinions politiques.
Avant sa mort en 1911, Gilbert, avocat de formation, demanda que The Mikado, une opérette située au Japon (mais en réalité un commentaire sur la société britannique), soit régulièrement actualisée pour refléter les enjeux contemporains.
Au fil de leurs quatorze opéras, les deux auteurs comiques exprimèrent leurs positions sur de nombreux sujets brûlants. The Mikado traite de la peine capitale, alors en voie de disparition au XIXᵉ siècle mais pas encore abolie. La célèbre chanson du Major Général dans The Pirates of Penzance parodie un chef militaire très instruit mais ignorant tout de la guerre et de la technologie.
L’hilarante Iolanthe cible non seulement les pairs du royaume et le système politique britannique, mais propose aussi des portraits à peine voilés de la reine Victoria et de William Gladstone (Premier ministre libéral de l’époque).
1874 : Strauss fait découvrir l’opérette au public viennois
Johann Strauss fils, à ne pas confondre avec Richard Strauss, dirigeait déjà son propre orchestre avant ses 25 ans et était admiré par Wagner, Liszt et Brahms. Il modela ses opérettes sur celles d’Offenbach, au point que les librettistes de son œuvre la plus célèbre avaient déjà travaillé avec Offenbach.
Die Fledermaus (La Chauve-Souris), l’une de ses œuvres les plus populaires, fut créée à Vienne au Theater an der Wien en 1874 devant un public indifférent. Il fallut attendre deux ans pour que les Viennois adoptent l’œuvre, et seize ans de plus avant que l’Opéra de Vienne ne l’ajoute à son répertoire.
La satire de Strauss est souvent plus générale, contrairement à Offenbach qui commentait des sujets d’actualité. Et contrairement à Offenbach et à d’autres opérettes de l’époque, Die Fledermaus repose fortement sur la puissance orchestrale, et un seul rôle peut être tenu par une voix non formée.
1905 : Lehár offre La Veuve joyeuse au public du XXᵉ siècle
Quelques décennies après que Gilbert et Sullivan eurent popularisé l’opérette à Londres, le compositeur Franz Lehár revitalisa l’opérette viennoise.
La Veuve joyeuse (Die lustige Witwe) reste l’une des œuvres les plus célèbres du répertoire et fit de Lehár un compositeur de renommée internationale. S’écartant des conventions, Lehár orchestra entièrement La Veuve joyeuse, innovant ainsi dans le genre.
Ce fut le premier spectacle à tenter de vendre des produits dérivés : le « chapeau de la Veuve joyeuse », un large chapeau noir orné de plumes, devint un élément incontournable de la mode féminine pendant des années.
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