Les Pirates de Penzance
Les Pirates de Penzance ; ou, L’Esclave du Devoir est créé à New York le 31 décembre 1879, au Fifth Avenue Theatre, où il est très bien accueilli par le public et la critique. Cette création américaine répond à un impératif juridique : Gilbert et Sullivan souhaitent éviter la contrefaçon qui avait frappé leur précédente opérette, H.M.S. Pinafore, et choisissent donc de créer l’œuvre aux États-Unis, tout en donnant une représentation « fantôme » en Angleterre la veille pour assurer leurs droits d’auteur.
La première londonienne a lieu le 3 avril 1880 à l’Opera Comique, où l’œuvre connaît une longue série de 363 représentations.
Résumé de l’intrigue
L’histoire suit Frédéric, apprenti pirate par erreur : sa nourrice Ruth, dure d’oreille, l’a confié à des pirates au lieu d’un pilote car elle a confondu les deux mots. À ses 21 ans, il croit être libéré de son engagement et décide de quitter la piraterie pour mener une vie honorable. Il rencontre alors Mabel, l’une des filles du fantasque Major-General Stanley, et en tombe amoureux. Mais un rebondissement absurde survient : né un 29 février, Frédéric n’a eu que cinq anniversaires réels, et son contrat stipule qu’il doit servir les pirates jusqu’à son 21ᵉ anniversaire. Pris au piège de son sens du devoir, il retourne parmi les pirates, tandis que Mabel promet de l’attendre. Après une série de quiproquos, d’affrontements avec une troupe de policiers maladroits et une révélation finale (les pirates sont en réalité des nobles qui ont mal tourné), tout se résout dans une fin heureuse.
Sources d’inspiration
Les Pirates of Penzance puisent leurs inspirations dans plusieurs traditions littéraires et théâtrales du XIXe siècle, que Gilbert et Sullivan réinterprètent avec leur humour caractéristique. L’œuvre s’inscrit d’abord dans la continuité du burlesque victorien, un genre fondé sur la parodie des formes sérieuses. Gilbert y reprend les codes du mélodrame, de l’opéra romantique et du roman d’aventures pour mieux les détourner : les pirates sont féroces en apparence mais d’une honnêteté scrupuleuse, les policiers sont courageux en théorie mais lâches en pratique, et les héroïnes incarnent une innocence poussée jusqu’à l’absurde. Cette logique de renversement comique est au cœur de son écriture.
L’imaginaire romantique des pirates joue également un rôle important. Le XIXe siècle est fasciné par les figures de hors-la-loi chevaleresques, héritées de Byron, Walter Scott ou des récits d’aventure maritime. Gilbert s’empare de ces clichés pour en faire un terrain de jeu satirique : les pirates de Penzance ne s’attaquent jamais aux orphelins, par sens moral, ce qui les condamne à la misère. Ce contraste entre l’aura mythique du pirate et la logique absurde de leurs principes est typiquement gilbertien.
Une autre source d’inspiration essentielle réside dans les Bab Ballads, les poèmes humoristiques que Gilbert publiait avant sa collaboration avec Sullivan. On y trouve déjà des marins maladroits, des quiproquos extravagants et des personnages obsédés par le devoir. Le personnage de Frederic, « l’esclave du devoir », prolonge directement cette veine satirique. De même, l’erreur initiale — la nourrice qui confond pilote et pirate — rappelle les jeux de langage et les malentendus qui structurent de nombreuses Ballads.
Les Pirates s’inscrivent aussi dans la continuité immédiate de la précédente opérette créée par Gilbert et Sullivan, H.M.S. Pinafore. Gilbert y reprend la satire des institutions britanniques, le goût pour les retournements absurdes et la critique douce-amère de la société victorienne. Le succès de Pinafore a par ailleurs influencé la création des Pirates : après avoir vu leur œuvre précédente massivement piratée aux États-Unis, Gilbert et Sullivan décident de créer leur nouvel opéra directement à New York pour protéger leurs droits d’auteur. Ce contexte juridique et commercial a façonné l’œuvre, notamment dans son rythme d’écriture et dans certains effets destinés au public américain.
Enfin, l’écriture musicale de Sullivan s’inspire de l’opéra-comique français, en particulier d’Offenbach, dont il admirait l’élégance mélodique et le sens de la satire. La juxtaposition entre une musique raffinée et des situations volontairement absurdes est un héritage direct de cette tradition. Sullivan y ajoute des éléments typiquement britanniques, comme les chœurs de policiers ou les ensembles rapides, créant un mélange qui contribue à l’identité singulière de l’œuvre.
Réception par le public et la critique
La première new-yorkaise est un succès immédiat, salué pour son humour, son rythme et la virtuosité de la musique de Sullivan. La création londonienne confirme ce triomphe : le public apprécie particulièrement l’air de bravoure du Major-General (« Je suis le modèle absolu du nouveau Major-General »), qui devient rapidement un numéro emblématique du duo Gilbert & Sullivan.
L’œuvre est aujourd’hui l’une des plus populaires du répertoire Gilbert & Sullivan. Plusieurs facteurs expliquent cette longévité :
- Une satire toujours efficace, jouant sur le devoir, l’absurdité administrative et les conventions sociales.
- Des personnages attachants, notamment le Roi des Pirates et les policiers, figures comiques intemporelles.
- Une musique brillante, mêlant lyrisme, ensembles rapides et chœurs irrésistibles.
- Une grande adaptabilité scénique, qui permet des mises en scène traditionnelles ou très modernes.
Les Pirates de Penzance reste ainsi un pilier du théâtre musical anglophone, régulièrement monté par des compagnies professionnelles, universitaires et amateurs.
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