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Le roman
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Piraterie et droits d’auteur

Un problème majeur pour les producteurs de contenu aujourd’hui est la piraterie. Les producteurs de musique ont du mal à générer des revenus, et les films sont copiés et piratés dans le monde entier. L’industrie du divertissement tente désormais de relever les défis auxquels sont confrontés les fournisseurs de contenu sur le marché mondial. Une facette de ce problème est que dans les pays en développement, la législation sur le droit d’auteur est moins rigoureusement appliquée, et les droits d’auteur internationaux sont mal protégés par les lois locales. La seule façon pour les détenteurs de droits d’auteur de gagner de l’argent en Chine est de passer par des canaux où ils gardent un contrôle strict sur la diffusion du contenu. Plus de 90 % des revenus de l’industrie du film et de la musique proviennent de situations où le détenteur du droit d’auteur contrôle totalement l’accès au produit. Dans le cas des films, il s’agit de la projection en salle, où l’on ne peut voir le film qu’en achetant un billet.

Pourquoi parler de tout cela au début d’un article sur Les Pirates de Penzance ? Eh bien, certaines choses ne changent jamais. Les acteurs ont changé, mais le jeu reste le même. En 1879, le fournisseur de contenu dominant était l’Angleterre, pas les États-Unis, et le pays en développement avec une législation laxiste sur le droit d’auteur était l’Amérique, pas la Chine ou l’Inde. Aujourd’hui, des gens obtiennent secrètement des copies anticipées de films ou filment les blockbusters avec des caméras dans les salles. En 1879, la loi américaine sur le droit d’auteur était si laxiste que quiconque pouvait prendre des notes ou transcrire des parties des opéras pouvait monter librement sa propre production.

Les productions D’Oyly Carte tentaient de résoudre ce problème en expulsant du théâtre toute personne semblant prendre des notes, mais les membres de l’orchestre et les acteurs étaient parfois soudoyés pour fournir leurs partitions. Le fléau des gens qui filment des spectacles avec leur téléphone et publient les partitions sur Internet est donc très ancien ; seule la technologie a changé. Lorsque Gilbert et Sullivan sont venus avec une production originale de HMS Pinafore, ils ont dû rivaliser avec des versions concurrentes de leur propre œuvre qui étaient déjà jouées en Amérique, dont 12 à Philadelphie, l’une avec une distribution entièrement noire et une autre uniquement composée d’enfants.

G&S ont trouvé une solution au problème de la faible protection du droit d’auteur très similaire à celle des producteurs de médias d’aujourd’hui : ils ont fait de leur mieux pour être eux-mêmes les fournisseurs de contenu. Leur solution ressemble aussi à celle de l’industrie de la mode actuelle, où le droit d’auteur ne protège pas les créateurs. Les designers haut de gamme intègrent leur logo dans le design et utilisent des matériaux très coûteux pour que les contrefaçons soient faciles à repérer, et que l’original soit valorisé pour sa rareté et son authenticité.

La compagnie D’Oyly Carte fonctionnait exactement de cette manière. Les New-Yorkais n’ont pas eu à attendre les contrefaçons des Pirates pour voir la dernière œuvre de G&S. Ils ont pu assister à l’original, interprété par les chanteurs les plus qualifiés. Ils n’ont pas entendu un orchestre reconstitué de mémoire ou à partir de partitions volées. Ils ont entendu une orchestration si finement détaillée et soigneusement exécutée que les musiciens américains se mirent en grève pour réclamer un salaire d’opéra. (Sullivan répondit en suggérant qu’il ferait venir l’orchestre de Covent Garden par bateau, et ils reculèrent timidement.)

De plus, l’opérette elle-même est écrite en tenant compte des goûts américains de son public cible, tout comme les films d’aujourd’hui sont conçus pour plaire aux spectateurs internationaux. L’opérette est concise, vive et mélodieuse. Elle ne s’égare pas dans des généalogies obscures ou des jeux sur les manières anglaises comme le font certaines œuvres de G&S. La parodie est large et facile à suivre, en lien avec des opéras bien connus des Américains, comme Il Trovatore et La Traviata.

Bien sûr, Gilbert se moque gentiment de lui-même et de ses compatriotes anglais, comme on peut s’y attendre. Mais si l’on voit les Pirates avec les yeux des Américains (le thème de la piraterie dans une œuvre écrite et jouée pour contrer la piraterie du droit d’auteur n’est pas un hasard), la fin de l’opérette peut être vue comme un appel à l’héritage commun que les Américains partagent avec leurs cousins d’outre-Atlantique. On pourrait même y voir une supplique comique pour abandonner la piraterie du droit d’auteur et rejoindre les rangs respectables du théâtre britannique.

En résumé, Les Pirates de Penzance peut être interprété à travers le prisme des controverses internationales actuelles sur la propriété intellectuelle. Les auteurs ont utilisé tous les outils disponibles pour maximiser la diffusion de leur contenu, renforcer leur marque, consolider leur pouvoir économique et pénétrer un nouveau marché : l’Amérique. C’est peut-être pour cela que les Pirates, parmi toutes les opérettes de G&S, reste la plus populaire aux États-Unis à ce jour.


Ce texte est la traduction d’un extrait d’un long et excellent article de Peter Hilliard, qui a dirigé de nombreuses œuvres de Gilbert & Sullivan et qui donne son analyse ainsi que de précieux conseils aux directeurs musicaux qui entreprendraient de diriger Les Pirates de Penzance : Gilbert and Sullivan’s The Pirates of Penzance: A Rough Guide for the M.D.)



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