Le boyard Boris Petrovitch Cheremetyev

Le pèlerinage à Rome déclina à partir du XVIIe siècle. On peut citer toutefois l’étonnant pèlerinage que fit en 1697 Boris Petrovitch Cheremetyev, boyard, chef militaire et diplomate qui fut l’un des proches de Pierre le Grand et le compagnon du tsar dans les réformes. Après des années de campagnes, notamment en Crimée, il décida de se rendre en pèlerinage à Rome. Le relation que publie Cheremetyev après son retour est passablement grandiloquente et complaisante pour lui–même.
Dans l’espoir de voir le puissant boyard, bien disposé à l’égard de l’Église romaine, devenir un apôtre du catholicisme en Russie orthodoxe, le clergé le reçut avec de grands égards. Fait rare, un évêque lui remit au nom du pape une relique de la Vraie Croix.
Les raisons du pèlerinage à Rome
Par l’aide invincible de Dieu, due à l’intervention de la Très Sainte Vierge, tutrice de tous les chrétiens, et aux prières des premiers apôtres de Dieu Pierre et Paul, j’ai gagné plus d’une victoire sur ces ennemis de la Sainte Croix pendant neuf années : j’ai jonché leurs champs de cadavres ; j’ai pris et détruit plusieurs villes turques fortifiées. Or, pendant qu’il plaisait à Dieu de se servir de moi, son indigne serviteur, pour accomplir ces grandes choses, utiles à la chrétienté toute entière, j’avais pour patrons et certains protecteurs ces mêmes saints apôtres Pierre et Paul ; c’est à eux que j’en attribuai tout le succès et la gloire et je fis alors le vœu de venir en pèlerinage dans cette célèbre ville de Rome pour y admirer tout ce qu’elle renferme de saint, pour me prosterner sur le tombeau de ces saints apôtres et les remercier de leur miraculeuse assistance. ![]()
Le pape offre au boyard une relique de la Vraie Croix
Considérant qu’il n’avait rien dans son trésor de plus précieux, notre très saint Père et Pasteur universel, Innocent XII, m’a ordonné, à moi qui ai la garde et la direction de son trésor, d’extraire une parcelle de ce très saint bois, de la déposer soigneusement scellée dans cette croix nouvellement fabriquée et de vous l’apporter avec sa bénédiction paternelle en récompense de vos vertus guerrières et de vos étonnants exploits, illustre boyard de sa très sérénissime et très puissante Majesté le Tsar, Boris Petrovitch Cheremetyev, commandant de Viatka, vaillant guerrier, habile général, courageux hetman et excellent vainqueur des arrogants Mahométans ! Sa Sainteté espère que, semblable à Constantin, armé par cet invincible signe divin, vous ne cesserez pas de combattre bravement et de vaincre glorieusement les ennemis de la Sainte Croix, aussi bien pour la gloire du nom déjà fameux dans tout le monde de votre grand souverain que pour l’avantage de toute la chrétienté, et elle ne doute pas que Dieu tout–puissant et votre magnanime monarque ne reconnaissent au centuple vos chevaleresques entreprises. ![]()
( Journal du voyage du boyard Boris Petrovitch Cheremetyev à Cracovie, Venise, Rome et Malte,
traduit par A. P. Golitsyn, publié par A. Franck, 1859)
Texte complet disponible sur le site de la BNF : ![]()
Faux espoirs de conversion
Tant que Cheremetyev fut à Rome, sa manière de parler et d’agir put faire croire qu’il n’était pas éloigné d’une réconciliation avec le Saint–Siège. Pendant son séjour à Malte, il témoigna la plus vive admiration et les plus chaudes sympathies pour les chevaliers. Le grand maître qui l’avait reçu avec honneur, lui conféra la croix de l’ordre avec un diplôme par lequel il le créait chevalier de dévotion. Mais à peine Cheremetyev était–il arrivé à Vienne qu’on put voir qu’il ne deviendrait jamais catholique, soit qu’il eût changé d’opinion, soit qu’il n’y eût jamais pensé.
Des franciscains qui voulaient se rendre en Chine par la Russie et la Sibérie lui avaient demandé des lettres de recommandation ; il les refusa en disant : « Je cours déjà risque de la vie, parce que je suis accusé auprès du tsar de m’être fait catholique, ce qui n’est pas vrai ; et maintenant que le tsar a ces soupçons contre moi, que deviendrais–je si j’allais vous donner les lettres que vous me demandez ? »
Ce dernier trait est tiré d’une lettre du père Ignace François Zapolski, en date de Varsovie le 2 novembre 1698.
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