Chateaubriand à Rome et en Italie

En 1803, Chateaubriand est remarqué par le Premier Consul Napoléon Bonaparte et choisi pour accompagner le cardinal Fesch à Rome comme secrétaire d’ambassade. Vingt–cinq années plus tard, il est nommé ambassadeur à Rome, poste dont il démissionne un an plus tard, en 1829. Quoique les séjours de Chateaubriand à Rome aient été brefs, ils participent à l’engouement romantique pour l’Italie et le Grand Tour que l’auteur du fameux Itinéraire de Paris à Jérusalem accomplira en 1806 et 1807. Contrairement à Joachim Du Bellay qui accompagna, lui aussi, un cardinal - son cousin Jean du Bellay - à la cour pontificale en tant que secrétaire, Chateaubriand fut loin de ressentir son séjour romain comme un exil. Il laisse dans son Voyage en Italie des pages qui exaltent la poésie des ruines.
Promenade dans Rome au clair de lune
Du haut de la Trinité du Mont, les clochers et les édifices lointains paraissent comme les ébauches effacées d’un peintre, ou comme des côtes inégales vues de la mer, du bord d’un vaisseau à l’ancre.
Ombre de l’obélisque : combien d’hommes ont regardé cette ombre en Égypte et à Rome ?
Trinité du Mont déserte : un chien aboyant dans cette retraite des Français. Une petite lumière dans la chambre élevée de la villa Médicis.
Le Cours : calme et blancheur des bâtiments, profondeur des ombres transversales. Place Colonne : Colonne Antonine à moitié éclairée.
Panthéon : sa beauté au clair de la lune.
Colisée : sa grandeur et son silence à cette même clarté.
Saint–Pierre : effet de la lune sur son dôme, sur le Vatican, sur l’obélisque, sur les deux fontaines, sur la colonnade circulaire.
Une jeune femme me demande l’aumône : sa tête est enveloppée dans son jupon relevé ; la poverina ressemble à une madone : elle a bien choisi le temps et le lieu. Si j’étais Raphael, je ferais un tableau. Le Romain demande parce qu’il meurt de faim ; il n’importune pas si on le refuse ; comme ses ancêtres, il ne fait rien pour vivre : il faut que son sénat ou son prince le nourrisse.
Rome sommeille au milieu de ces ruines. Cet astre de la nuit, ce globe que l’on suppose un monde fini et dépeuplé, promène ses pâles solitudes au–dessus des solitudes de Rome ; il éclaire des rues sans habitants, des enclos, des places, des jardins où il ne passe personne, des monastères où l’on n’entend plus la voix des cénobites, des cloîtres qui sont aussi déserts que les portiques du Colisée.
Que se passait–il il y a dix–huit siècles à pareille heure et aux mêmes lieux ? Non seulement l’ancienne Italie n’est plus, mais l’Italie du moyen âge a disparu. Toutefois la trace de ces deux Italies est encore bien marquée à Rome : si la Rome moderne montre son Saint–Pierre et tous ses chefs–d’œuvre, la Rome ancienne lui oppose son Panthéon et tous ses débris ; si l’une fait descendre du Capitole ses consuls et ses empereurs, l’autre amène du Vatican la longue suite de ses pontifes. Le Tibre sépare les deux gloires : assises dans la même poussière, Rome païenne s’enfonce de plus en plus dans ses tombeaux, et Rome chrétienne redescend peu à peu dans les catacombes d’où elle est sortie. ![]()
François-René de Chateaubriand, Voyage en Italie
Ajouter à mes favoris Recommander ce site par mail Haut de page
Cet article vous a plu, ou vous appréciez ce site : dites-le en cliquant ci-contre sur le bouton "Suivre la page" : |
Sélection d’articles de la semaine :
Photos de Mongolie - Galerie 3 - Les cavaliers de la steppe, un voyage d’aventure au pays de Gengis Khan […]
18 mars 2026, 12 h 33
En conquérant l’Empire perse, Alexandre et ses troupes mirent la main sur des trésors d’une richesse inouïe : or, parfums, aromates, pourpre etc. […]
À la fin du XVe siècle, Martyr, évêque d’Arzendjan en Arménie (l’actuelle Erzincan à l’est de la Turquie moderne), entreprit un voyage qui dura sept années en Europe occidentale. Son dessein était de visiter le tombeau des saints apôtres à Rome ; de faire un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice et d’aller adorer les plus célèbres reliques conservées dans les principales villes de l’Europe - Via Francigena : à pied jusqu’à Rome […]
16 mars 2026, 17 h 28
Carnet du voyage en Iran - De la Perse de Darius et Alexandre le Grand au pays des mollahs […]
Sénèque - La brièveté de la vie - Aux sept coins du monde, promenade photographique et littéraire sur toutes les mers de la terre […]
Bernard le Sage - Écrits de voyageurs en Terre sainte au fil des siècles, pèlerins vers Jérusalem ou simples passants - Pèlerin d’Orient : à pied jusqu’à Jérusalem […]
Extraits de la revue de presse de « Pèlerin d’Orient » - récit d’un voyage à pied de Paris à Jérusalem, cheminement contemporain sur la route des pèlerins d’autrefois. […]
12 mars 2026, 17 h 16
L’Indus avant Alexandre - le voyage de Scylax de Caryanda sur l’Indus, exploration commanditée par Darius Ier […]
La reine de Saba - Écrits de voyageurs en Terre sainte au fil des siècles, pèlerins vers Jérusalem ou simples passants - Pèlerin d’Orient : à pied jusqu’à Jérusalem […]
FAQ pour un voyage à pied de Paris à Jérusalem, cheminement contemporain sur la route des pèlerins d’autrefois - Pèlerin d’Orient : à pied jusqu’à Jérusalem […]


