Désastre sur le pont Saint-Ange lors du jubilé de 1450
Lors du jubilé de 1450, les routes qui conduisaient à Rome ressemblaient, dit un contemporain, à de longues fourmilières qui s’étendaient à perte de vue ; et telle était la foule qui encombrait les rues et les églises qu’il fallut réduire la durée des stations à cinq jours et même à trois au lieu de quinze. À la dévotion immémoriale pour les tombeaux des saints apôtres se joignait le vif intérêt qu’on prenait partout à la question orientale et à la délivrance de Constantinople, tous les jours plus menacée ; mais ce qui attirait surtout les pèlerins d’Italie, c’était la canonisation de Bernardin de Sienne, le saint le plus populaire qui eût paru dans la péninsule depuis des siècles. […]
Pendant la tenue de ces grands jours, Rome connut cependant une catastrophe affreuse qui fit saigner pour longtemps le cœur paternel de Nicolas V. Le jour où l’on devait montrer le saint suaire dans la basilique du Vatican, le pont Saint-Ange s’étant trouvé trop étroit pour la foule énorme qui s’y pressait, il en résulta un choc irrémédiable entre les deux courants de pèlerins, dont les uns furent foulés aux pieds, les autres noyés dans le Tibre. Le nombre des victimes s’élevait à plus de deux cents, et quand, après les lamentations de ce jour néfaste, vinrent les lamentations des funérailles, Rome sembla déposer sa couronne de fête pour se couvrir d’un voile funèbre.
(M. Rio, Le Correspondant, recueil périodique, Charles Douniol, 1861)
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